Demande d'argent : qui est responsable de l'explosion du cours ?
Comment connaître les statistiques relatives au marché de l’argent ?
Ça y est : les dernières statistiques du Silver Institute relatives à l’offre et à la demande d’argent sur l’ensemble de l’année 2025 ont été publiées !
Comment le lobby de l’industrie minière argentifère explique-t-il l’envolée du cours de l’argent (+118 % face à l’euro) en 2025 ? C’est ce que nous allons voir dans ce diptyque :
- Aujourd’hui, je vais vous présenter ce qui ressort de l’analyse de la demande d’argent ;
- Et, dans mon prochain billet, je vous parlerai de l’offre d’argent.
Suivez le guide !
Demande totale d’argent : nouveau record !
En 2025, il n’y a pas que le cours de l’argent qui a atteint de nouveaux records : cela a également été le cas du volume de la demande de métal !
Avec 1 408 millions d’onces troy (soit 43 793 tonnes), la demande totale d'argent (c’est-à-dire demande des ETP comprise[1]) a atomisé son record de 2020 (à 1 260 millions d’onces troy, soit 39 190 tonnes).
Quels segments du marché ont permis à la demande de s’établir à un tel niveau ?
Avant de répondre à cette question, passons en revue la liste des suspects :
- La demande issue du secteur de l’industrie ;
- La demande issue du secteur de la photographie ;
- La demande issue du secteur de l’argenterie ;
- La demande issue du secteur de la bijouterie ;
- La demande d’investissement physique (les pièces et lingots) ;
- La demande d’investissement en produits côtés en bourse (les fameux ETP).
[1] Permettez-moi de faire une remarque méthodologique qui a son importance. Chaque lobby ou société de conseil a sa propre façon de présenter les statistiques de l’offre et de la demande des métaux qu’il scrute. Par exemple, le Conseil mondial de l’or n’adopte pas la même présentation que le Silver Institute, lequel recourt à une méthode fort différente de celle du CPM Group.
Or je trouve la présentation du Silver Institute assez contre-intuitive, je dois dire. La raison en est que le lobby sis à Washington n’intègre pas la demande nette des produits négociés en bourse (“exchange-traded products”, ETP) au sein de la demande totale : il utilise seulement ce chiffre dans le cadre de son calcul de la balance du marché de l’argent. J’imagine que cela s’explique par le fait que, d’année en année, les ETP sont tantôt acheteurs nets d’argent, tantôt vendeurs nets, contrairement aux autres composantes de la demande d’argent qui, elles, sont toujours acheteuses nettes de métal.
Quoi qu’il en soit, dans un souci de cohérence avec la présentation que je vous ai proposée au sujet du marché de l’or, je vais retraiter les données du Silver Institute en réintégrant les ETP (c’est-à-dire l’« argent papier », pour faire court) au sein de la demande totale.
Fin de la parenthèse.
Les banques centrales ne font pas partie de la liste, puisqu’elles sont globalement vendeuses nettes d’argent depuis plusieurs décennies, comme nous le verrons dans mon prochain billet.
Voyons ce qu’il en a été dans le détail…
Industrie : excellente année, mais demande en baisse de -3 % !
Vous le savez : l’argent a d’innombrables usages industriels. Sans argent, pas de produits électriques ni électroniques, et en particulier pas de panneaux photovoltaïques. C’est d’ailleurs l’industrie qui se taille la part du lion au sein de la demande d’argent. À près de 50 % du total, c’est dire si l’évolution de la demande en provenance de ce secteur est cruciale.
Alors, que s’est-il passé sur ce plan en 2025 ?
S’établissant à 657 millions d’onces troy (soit 20 434 tonnes), la demande d’argent du secteur industriel a diminué de -3 % en 2025. Il faut dire qu’un record historique avait été établi l’année précédente, en 2024, à 679 millions d’onces troy (21 119 tonnes)…

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
Autrement dit, 2025 a été une excellente année pour la demande industrielle d’argent, quoi que celle-ci n’ait pas été le témoin d’un nouveau record historique.
Photographie : -5 %, et une demande toujours plus sinistrée
En 2025, à 24,2 millions d’onces troy (soit 752 tonnes), la demande d’argent en provenance du secteur de la photographie est à nouveau en recul, cette fois-ci de -5 % sur l’année.

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
Il n’y a rien de bien étonnant à cela. La photographie numérique prenant chaque jour un peu plus de place dans nos vies, l’époque où la photographie argentique représentait une part significative de la demande de métal blanc semble révolue…
Argenterie : en baisse depuis 2022, et… -21 % en 2025 !
On pourrait s’imaginer que l’argenterie est tout aussi passée de mode que la photographie argentique. Ce segment de la demande d’argent est lui aussi tendanciellement en déclin, mais il résiste un peu mieux.

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
Enfin il faut le dire vite, puisqu’à 42,1 millions d’onces troy (soit 1 309 tonnes), la demande 2025 est tout de même en baisse de -21 % sur l’année !
Bijouterie : une demande en baisse de -8 % !
Disons-le tout net : ce n’est pas la demande d’argent pour la fabrication de bijoux qui a permis à la demande totale d’argent de battre un nouveau record en 2025.
L’année passée, le secteur de la bijouterie a en effet consommé 189 millions d’onces de métal (soit 5 887 tonnes), un chiffre en baisse de -8 % sur l’année, et son plus bas niveau depuis 2020.

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
Et oui : quand le cours de l’argent augmente, les ménages tendent à acheter moins de bijoux. Nous avons déjà observé cette relation de cause à effet au sujet de la demande d’or.
Récapitulons-nous.
Industrie, photographie, argenterie, bijouterie : la demande d’argent sur chacun de ces secteurs s’est inscrite en baisse en 2025.
Mais alors : qui a fait exploser la demande totale à la hausse ?
La réponse est sans équivoque : les responsables, c’est nous, épargnants et investisseurs en métaux précieux !
Pièces et lingots : +14 %, la demande la plus élevée de ces 3 dernières années !
À 217,7 millions d’onces (soit 6 771 tonnes), la demande de métal des investisseurs particuliers en pièces et lingots a enregistré son plus gros volume depuis le record de 2022 (339,5 millions d’onces troy, soit 10 559 tonnes).

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
Cette performance, en hausse de +14 % sur l’année, est tout à fait remarquable. Elle est cependant moins impressionnante que celle de la demande de pièces et lingots d’or. En effet, l’année passée, la demande de pièces et lingots dorés a été la plus élevée non pas des 3 dernières années, mais des 12 dernières années.
ETP argent : la 2ᵉ meilleure année jamais enregistrée !
C’est cependant du côté de l’argent « papier » (produits négociés en bourse) que la demande de métal blanc s’est le plus distinguée en 2025.
À 278,1 millions d’onces troy (soit 8 649 tonnes), la demande des ETP argent (l’équivalent des ETF or dans notre présentation du marché de l’or) a augmenté de +312 % ! C’est certes -16 % en dessous du record de 2020, mais c’est là une excellente performance.

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
En 2025, la demande des ETP n’a donc pas été freinée par l’augmentation du cours de l’argent.
Comment se décompose la demande d’argent ?
Sur le graphique ci-dessous, j’ai représenté la demande d’argent moyenne par origine au cours des 10 dernières années.

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
L’industrie se taille ainsi la part du lion, avec près de 50 % de la demande totale. La bijouterie n’est pas en reste, avec près de 17 % de la demande. Ce secteur pèse cependant moins lourd que la demande d’investissement (25 %), laquelle se décompose entre les pièces et lingots (un peu plus de 19 % de la demande) et l’argent « papier » (un peu plus de 6 %).
Alors, qui est responsable de l'explosion du cours de l'argent en 2025 ?
Résumons-nous.
L’année passée :
- La demande de l’industrie (-3 %), de la photographie (-5 %) et de la bijouterie (-8 %) a légèrement chuté, tandis que la demande en provenance de l’argenterie a pris un gros coup sur le museau (-21 %) ;
- C’est très clairement la demande d’investissement qui a permis au cours de l’argent d’exploser à la hausse (+118 % face à l’euro). La demande de pièces et lingots a certes augmenté de +14 % par rapport à 2024, mais c’est surtout grâce à l’explosion de la demande d’ETP (argent « papier »), en hausse de +312 % sur l’année, que le cours de l’argent s’est envolé.
Le mois prochain, nous verrons ce qu’il en a été de l’offre d’argent en 2025…