Offre d'argent : en route vers un 6e « déficit » consécutif ?
Offre totale d’argent : 33 915 tonnes de métal sur le marché en 2025
L’année passée, selon les statistiques du Silver Institute, l’offre totale d’argent s’est montée à 1 090 millions d’onces troy, soit 33 915 tonnes – un nouveau record.
Voyons ce qu’il en est dans le détail, en sachant que l’offre d’argent se décompose en 3 catégories principales :
- La production minière, ou offre dite « primaire » ;
- Le recyclage, ou offre dite « secondaire » ;
- Les ventes du secteur officiel, c’est-à-dire des banques centrales.
Production minière : en hausse de +2,79 %
En 2025, la production primaire d’argent a enregistré une très bonne année.
À 846 millions d’onces troy (soit 26 332 tonnes), on se situe +2,79 % au-dessus de la production de 2024, et surtout +1 % au-dessus de la moyenne de ces 10 dernières années (26 064 tonnes).
Une autre façon de voir les choses consiste à dire que la production de 2025 s’est située seulement -6 % en-deçà du record de 2016, à 900 millions d’onces troy (soit 27 996 tonnes).

L’industrie minière aurait-elle alors atteint le pic de production argentifère, c’est-à-dire le point à partir duquel la production d’argent a vocation à inexorablement diminuer dans le temps ? C’est possible, et, le cas échéant, cela jouerait à la hausse sur le cours de l’argent…
Recyclage d’argent : de moins en moins sensible à l’évolution du cours ?
À cette production minière vient s’ajouter le recyclage de métal blanc.
À votre avis : le cours de l’argent ayant très fortement augmenté en 2025 face à l’ensemble des devises mondiales (+118 % face à l’euro et +158 % face au dollar), les ménages se sont-ils rués dans les comptoirs de métaux précieux pour revendre leurs vieux bijoux au meilleur prix ?
En toute logique, on aurait pu s’y attendre…
Cela n’a cependant pas été le cas ! Le recyclage n’a en effet augmenté que de +1,54 %, pour s’établir à 197 millions d’onces (soit 6 146 tonnes). Comme dans le cas de l’or, il s’agit certes d’une augmentation de l’offre secondaire, mais celle-ci est fort modeste par rapport à la hausse du cours du métal !

Banques centrales : une nouvelle année de ventes nettes…
C’est l’une des différences les plus significatives entre le marché de l’or et celui de l’argent : alors que les grands argentiers sont redevenus acheteurs nets de métal jaune en 2010, ceux-ci ont continuellement cédé du métal blanc depuis aussi loin que remontent les statistiques du Silver Institute à ce sujet, à savoir 1993.
En 2025, les banques centrales ont ainsi décaissé 1,5 million d’onces troy supplémentaires (soit 46,65 tonnes de métal) – un chiffre relativement stable depuis 2013.

Notez que les banques centrales, qui ont globalement bradé d’énormes quantités d’argent entre 1998 et 2010, ont ensuite largement réduit la voilure. Elles restent vendeuses nettes de métal, mais leurs cessions ne sont plus que marginales à l’échelle du marché de l’argent (0,13 % de l’offre totale).
Comment expliquer cela ?
On peut faire deux hypothèses alternatives :
- Les banques centrales n’ont presque plus d’argent à vendre. C’est difficile à confirmer, puisque contrairement à l’or, on ne dispose pas d’estimations fiables et régulières des stocks d’argent détenus par les banques centrales.
- Les banques centrales se tâtent à l’idée de redevenir acheteuses nettes d’argent. Cette possibilité, tout ce qu’il y a de plus hypothétique il y a encore quelques années, commence à prendre un peu d’épaisseur. On sait par exemple qu’en août 2025, la Banque centrale saoudienne a pris une position de 40 millions $ sur un ETF argent, et sur des actions de sociétés d’exploitation minières argentifères. Par ailleurs, les autorités publiques russes ont déclaré en 2025 vouloir constituer des réserves de métal blanc. Cela dit, s’il y a bien eu des achats officiels russes d’argent, ceux-ci se sont alors déroulés dans la plus stricte opacité. Il ne s’agit donc pas à ce stade d’une information, mais d’une possibilité. Une chose est sûre : le grand retour de l’accumulation d’argent par les banques centrales bouleverserait le marché du métal blanc…
Comment se décompose l’offre d’argent ?
Sur le graphique ci-dessous, j’ai représenté l’offre d’argent moyenne par origine au cours des 10 dernières années.

Source : Silver Institute et Metal Focus (graphique Or&Change)
Naturellement, la production minière se taille la part du lion, avec plus de 80 % de l’offre totale (contre 72 % dans le cas de l’or). Le recyclage atteint un peu plus de 17 % (contre 28 % dans le cas de l’or). Les banques centrales, qui restent à ce stade contributrices nettes au niveau de l’offre, n’apportent qu’une quantité marginale d’argent sur le marché (0,13 %).
Venons-en à présent au constat principal du rapport du Silver Institute.
En route vers le 6ᵉ déficit consécutif de production ?
L’année passée, pour la 5ᵉ année consécutive, l’offre d’argent issue de la production minière, du recyclage, des banques centrales, et des couvertures boursières n’a pas été suffisante pour combler la demande d’argent.
C’est du moins de cette façon que le Silver Institute présente les choses, évoquant dans ses communications officielles un « marché en déficit », le marché de l’argent étant défini comme « l’offre totale moins la demande ».
Dans le tableau ci-dessous, ce résultat se traduit sur la ligne “market balance”, dont j’ai encadré en orange les 5 années consécutives de « déficit » au sens du Silver Institute.
Offre et demande annuelles d’argent (millions d’onces troy, 2017-2026 – estimation à 04/2026)

Source : Silver Institute et Metal Focus
Notez que le lobby de l’industrie minière argentifère anticipe que cette situation va se prolonger en 2026, l’année en cours ayant ainsi vocation à être la « 6ᵉ année consécutive de marché déficitaire », un pronostic annoncé dès le 10 février 2026.

Cela dit, on peut se demander pourquoi le Silver Institute ne communique pas plutôt sur la balance du marché de l’argent, produits négociés en bourse (ETP) inclus. Il s’agit là d’une autre façon d’envisager la situation que j’ai mise en évidence en rouge sur le tableau ci-dessus : 2026 aurait alors vocation à devenir non pas la 6ᵉ, mais la 8ᵉ année consécutive de « marché déficitaire »…
Pour tout vous dire (et j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer dans mon précédent article), cette présentation me dérange. En effet, un marché est par nature toujours en équilibre, l’offre et la demande s’équilibrant au travers du prix.
Et oui, car ces millions d’onces troy manquantes dans la partie « offre » du tableau ci-dessus, et qui ont permis de satisfaire la demande totale, il a bien fallu qu’elles sortent de quelque part !
Mais alors : d’où alors ont-elles bien pu provenir ?
C’est là qu’il faut se demander ce que représentent réellement les chiffres figurant dans ce tableau récapitulatif du Silver Institute.
En réalité, ils ne montrent pas l’offre et la demande réelles sur le marché (qui s'équilibrent toujours au travers du prix), mais uniquement l’offre et la demande identifiées/comptabilisées par le prestataire du Silver Institute (Metal Focus).
Comment les déséquilibres apparents (cf. la ligne "Market Balance less ETPs") sont-ils comblés, en pratique ?
La réponse est évidente : par la réduction des stocks d'argent physiques existants à la surface du sol qui ne sont pas (ou mal) identifiables par le Silver Institute (c'est-à-dire tous les stocks en dehors des bourses d’échange : stocks privés, stocks industriels, coffres non déclarés…). C'est exactement la même variable d'ajustement, le même résidu statistique, que le Conseil mondial de l'or appelle « échanges de gré à gré et autres » ("OTC and other") dans ses statistiques portant sur le marché de l'or.
Pour conclure
Ce qu'il faut donc retenir de ces chiffres, c'est qu'en 2026, les stocks d'argent existants à la surface du sol diminueront pour la 8ᵉ année consécutive.
Cette situation, qui s’est longtemps développée sans que le cours de l’argent ne frémisse, ne pouvait pas se prolonger éternellement.
Voilà pourquoi en 2025, le cours de l’argent a (enfin !) explosé à la hausse (+118 % face à l’euro, je le rappelle).
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le creusement de cet écart entre la demande identifiée et l’offre identifiée est de très bon augure pour le cours de l’argent dans les années à venir…
Patrick Chargueron, le 30 juin 2026